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INTERVIEW D'UNE AIDANTE SEXUELLE

Interview de Christine Caruana, assistante sexuelle

Il y aurait, actuellement, moins de dix assistants sexuels en France. Si leur nombre est si faible et difficilement mesurable c’est que l’assistance sexuelle est illégale en France car cette pratique est assimilée à de la prostitution. Afin d’en apprendre davantage sur l’engagement de ces assistants dont la vocation est de venir en aide aux personnes en situation de handicap, nous sommes partis à la rencontre de Christine Caruana. Assistante sexuelle, elle exerce cette activité bénévolement à Marseille depuis plusieurs années.

1.  Madame Caruana, pouvez-vous nous expliquer quelles ont été les raisons de votre engagement en tant qu’assistante sexuelle ?

Cela c’est fait en deux temps. Tout d’abord en découvrant le monde du handicap puis par le contact de personnes handicapées. J’ai rencontré Madame Yvette Boyer, Présidente de l’association  » Choisir sa vie «, le bureau et ses adhérents qui sont essentiellement des personnes handicapées. Si leur quotidien était sensiblement comparable au mien, j’entendais leurs souffrances affectives et sexuelles. L’engagement de l’association « Choisir sa vie » en faveur de la reconnaissance d’une vie affective et sexuelle pour les personnes lourdement handicapées a motivé mon positionnement.

Je peux dire que le colloque de Strasbourg en 2007 a été la base de ma réflexion. Cela a débouché sur un travail en groupe, sur une réflexion personnelle puis sur une formation complémentaire et un travail au sein de mon association. Tout cela dans le but de réussir et de faire le bon choix. L’assistance sexuelle est la réponse à un problème de société qu’est la sexualité de la personne handicapée.

2.  En quoi consiste votre activité auprès des personnes en situation de handicap qui font appel à vous ?

Je propose de répondre à une demande de personnes lourdement handicapées. Mon activité consiste donc à :

  • Être éducatrice de santé sexuelle
  • Faire de l’éveil à la sexualité par le  » toucher modelage «. Le  » toucher modelage  » est un massage affectif néanmoins le terme  » massage  » est réservé aux kinésithérapeutes uniquement
  • Les guider sur le chemin de l’autonomie sexuelle

Face aux difficultés à faire des rencontres, à l’isolement et à la solitude, nous avons mis en place des ateliers « séduction » depuis 3 ans au sein desquels nous effectuons :

  • Un travail personnel : lutte contre la timidité, relooking,  expression, jeux de rôle…
  • Un travail avec les autres : apprendre à communiquer, ouvrir son cercle d’amis, savoir se présenter…
  • Un travail pratique et de mises en situation : sorties, organisation de soirée, speed dating, internet…

Cet atelier a permis à nos candidats de réussir dans leurs rencontres et de retrouver une grande confiance en eux.

3.  Pourquoi avoir fait le choix de proposer ce type d’aide bénévolement ?

Je suis tenue de respecter la loi française car nos détracteurs n’ont pas compris le rôle de l’assistance sexuelle. Pour moi, cela a été un travail d’expérimentation et une expérimentation n’est pas payante.

4.  Quels sont les bienfaits de l’assistance sexuelle pour les personnes lourdement handicapées ?

  • Un bien-être physique et moral
  • Se sentir  un homme ou une femme libre de s’exprimer sur son intimité et donc être rassuré
  • Une réappropriation de son corps dans sa globalité

5.  Selon vous, est-il nécessaire d’instaurer un cadre légal à cette activité ? Si oui, pourquoi ?

Ma principale attente se situe dans la modification de la loi. Elle représenterait le symbole de la reconnaissance de l’assistance sexuelle comme dans le film « THE SESSION ». Pour le moment nous travaillons sur une formation d’Assistance Affective Sensuelle et Erotique (toucher de modelage et bien-être) qui représente le résultat de mes quatre années d’expérimentations en respectant la loi, car c’est possible.